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édito

Décembre 2010, à Dakar, la capitale sénégalaise, place du Souvenir Africain, sur la Corniche ouest qui relie le quartier des ambassades (et la résidence privé de Léopold Sédar Senghor, ancien chef de lEtat) à la place des pécheurs de Soumbédioune, en passant devant l’université de Dakar, un jeune cinéphile est littéralement bouche bée. Dans un souffle, d’une voix quasi inaudible, les yeux remplis d’étoiles, il confie à ses amis venus comme lui assister au Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) et qui acquiescent : « Je ne savais pas les Africains faisaient des films de guerre et si réussis ! Pourquoi on ne voit pas ces productions ? ». Ezra, du Nigérian Newton Aduaka, est le film qui a fait tant d’effets et pas que sur lui. Le cinéaste a su faire d’une tragédie (les enfants soldats) un sujet de réflexion profond qui jardine autant l’intelligence que l’émotion du spectateur.

Autre lieu et même questionnement, avec un étudiant en licence de cinéma à l’Université de Bordeaux Montaigne, pour l’évaluation finale de mon cours sur les cinémas africains. Ici, l’objet de fascination est Karmen, long métrage de Joseph Gaï Ramaka, cinéaste sénégalais qui a brillamment adapté en 2001 Carmen de Bizet, l’opéra le plus joué au monde. « Pourquoi ce film n’est pas programmé en salles ? », me demande-t-il.

Si la réponse n’est pas forcément simple, une solution est possible : travailler de concert afin à ce que les films arrivent aux spectateurs. C’est ce que propose l’initiative African Cinemas Day. L’une de ses forces repose sur sa dimension collaborative, panafricaine et ouverte sur le monde. J’ai pour maxime : « on peut faire des films sans l’Etat et même contre l’Etat, cependant on ne peut faire du cinéma sans l’Etat ». Or, pour impliquer la puissance publique, dans un domaine comme le cinéma, il importe d’abord une action citoyenne portée par un collectif. L’histoire nous le montre, que ce soit en France où le cinéma est né des travaux des frères Lumière à Lyon puis un ensemble d’opérateurs culturels (dont Georges Méliès venant du théâtre et des producteurs comme Pathé et Gaumont) ont consolidé et diffusé ce nouveau média, ou bien aux Etats-Unis dont les autorités n’ont pas facilité les premières implantations françaises afin de favoriser les intérêts de créateurs comme Thomas Edison et Edwin Porter qui avaient un train de retard technologique.

L’autre force, c’est bien évidemment l’existence d’un public qu’il faut nourrir avec exigence. Fin février-début mars 2017 se tient le Festival de cinéma de Ouaga, Burkina Faso, qui draine avec le Festival de Carthage, Tunisie, une impressionnante foule de spectateurs dans les salles. Au même moment, au Nigeria, la comédie The Wedding Party de Kemi Adetiba bat le record de recettes avec 400 millions de nairas (environ 1,2 million d’euros / 784 millions fcfa) pour un budget initial de 60 millions de nairas. Néanmoins, même si Nollywood et ses outrances ne sont pas une panacée, ce succès souligne une nouvelle fois une appétence d’un public en Afrique ainsi qu’hors de nos frontières.

Certains chiffres sont contrastés : en France, les entrées sont assez faibles, liées au peu d’écrans et de distributeurs accessibles (spécialisés ou pas) et aussi le manque de synergie avec/entre les opérateurs qui ont l’habitude sur ces films. Le nombre croissant de prix remportés dans les festivals, les salles à guichets fermés, avec une forte exposition médiatique sont autant d’éléments concrets pour la diffusion de nos films.

Thierno I. DIA, Africiné Magazine (Dakar) / Universités de Dakar& de Niamey

Membre du Comité de Représentation Panafricain

Yanis Gayecinema, africa, édito